Le nord du Maroc traverse un épisode météorologique d’une intensité inhabituelle. De Ksar El Kébir à Tétouan, en passant par Chefchaouen et Sidi Kacem, les précipitations s’enchaînent sans répit. Fortes, parfois orageuses, elles s’abattent sur des zones déjà fragilisées par la saturation des sols et la montée rapide des oueds. La situation, loin d’être ponctuelle, s’inscrit dans une dynamique régionale plus large qui touche aussi la péninsule Ibérique et le sud de la France.
Selon les analyses de la Direction générale de la météorologie, cette instabilité persistante résulte d’un mécanisme atmosphérique à grande échelle. Un contraste thermique marqué oppose de l’air froid d’origine polaire à des masses d’air chaud et humide subtropicales. Cette confrontation renforce le courant-jet en altitude, véritable autoroute des perturbations, qui canalise d’importantes quantités d’humidité vers le bassin méditerranéen occidental et le Maghreb.
Ce contexte favorise la formation de ce que les météorologues qualifient de « rivières atmosphériques ». Ces couloirs d’humidité concentrée transportent, sur de longues distances, une vapeur d’eau abondante. Une fois captée par les reliefs et les systèmes dépressionnaires, cette humidité se transforme en pluies continues, parfois très soutenues, sur des périodes prolongées.
Le nord-ouest du Maroc se retrouve en première ligne. Les régions du Rif et du Tangérois concentrent les cumuls les plus élevés. Les précipitations ne se distinguent pas seulement par leur intensité, mais surtout par leur répétition sur un laps de temps réduit. Un facteur aggravant pour des bassins versants réactifs, où la moindre averse soutenue peut provoquer des ruissellements rapides et des montées brutales des eaux.
Cette combinaison place le territoire sous un risque hydrométéorologique élevé. Quelques dizaines de minutes de pluie intense suffisent, dans certains secteurs, à déclencher des crues soudaines et des inondations localisées. Les autorités météorologiques ont ainsi déclenché une alerte rouge dans plusieurs provinces du nord, avec des cumuls attendus pouvant atteindre 100 à 150 millimètres en une seule journée.
Face à cette situation, la vigilance reste de mise. L’évolution des perturbations demeure incertaine et les sols, déjà saturés, offrent peu de capacité d’absorption supplémentaire. Dans ce contexte, la gestion du risque repose autant sur l’anticipation que sur la réactivité des dispositifs de protection civile, alors que le nord du Royaume affronte l’un des épisodes pluvieux les plus marqués de ces dernières années.


